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TimFaitSonCinema
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FRANTZ

Dans une petite ville allemande, juste après la Première Guerre Mondiale, le quotidien est troublé par la présence d’un jeune français qui se rend sur la tombe d’un jeune soldat allemand mort au combat. La fiancée de celui-ci le rencontre et, entre eux, une relation amicale va alors naître. Malgré ce que les habitants peuvent bien en penser…
Verdict:

Formellement très réussi, parfois même un peu trop par moments tant tout est esthétisé à outrance, Frantz est un véritable mélodrame, avec une montée progressive de l’émotion, mais aussi un beau portrait de femme. C’est dans l’ensemble plutôt réussi, notamment grâce à la performance étonnante de la jeune Paula Beer et celle, plus sobre qu’attendue, de Pierre Niney.

Coup de coeur:

Paula Beer

La date de sortie du film:

07.09.2016

Ce film est réalisé par

François OZON

Ce film est tagué dans:

Drame

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 La Critique


Décidément, film après film, François Ozon continue à nous prouver qu’il est bien le réalisateur français le plus insaisissable du moment. Et je crois qu’il aime revendiquer le fait de ne jamais mettre en scène le même genre de films. Et, si on regarde sa filmographie, on ne peut que lui donner raison. Si on ne s’intéresse qu’à ses cinq derniers films, il n’y a pas grand-chose qui relie Le Refuge, PoticheDans la maison, Jeune et jolie et Une nouvelle amie, si ce n’est l’importance donnée aux personnages féminins, l’une des caractéristiques majeures de son cinéma. Cette manière de mener sa carrière avec une œuvre hétéroclite a, pour le spectateur, quelque chose de vraiment intéressant et d’un peu inquiétant, puisque ce dernier ne sait jamais vraiment sur quel pied danser en allant voir un de ses films. Personnellement, ma « relation » avec Ozon a évolué avec le temps, et plutôt positivement. Si les premiers longs métrages que j’avais vu de lui ne m’avaient pas vraiment convaincu (et même un peu déplu dans le cas de Swimming Pool dont je peine encore à trouver le sens et l’intérêt), je trouve qu’il est sur une bonne série ces derniers temps avec une mention particulière pour Dans la maison (thriller psychologique vraiment bien foutu) et Une nouvelle amie (que j’avais trouvé réussi dans son genre). Mais, une nouvelle fois, Ozon nous prend quelque peu à contre-pied, en revenant à un genre qu’il avait déjà exploré il y a quelques années avec Angel, le film d’époque. En effet, Frantz se déroule à la sortie de la première guerre mondiale. Mais c’est aussi la première fois qu’il tourne un long métrage en grande partie en allemand et, surtout, qu’il utilise le format noir et blanc. Pour son seizième long-métrage, il trouve donc encore le moyen de se réinventer et de surprendre. Mais Frantz poursuit-il pour autant ce que je considère être une bonne lancée de son réalisateur ?

 

La première question que l’on peut se poser en voyant ce film, c’est celle du noir et blanc. En effet, pourquoi François Ozon a-t-il décidé d’utiliser ce format d’image pour raconter cette histoire ? Au-delà du fait de prendre un nouveau contre-pied après son précédent film, justement très coloré, il me semble que deux raisons principales ont pu le conduire à ce choix, et les deux se rejoignent d’ailleurs d’une certaine manière. La première est que Frantz est l’adaptation d’un film des années 30, et donc en noir et blanc : Broken Lullaby d’Ernst Lubitsch (dont il ne faut pas donner le titre en français, au risque d’éventer une partie de l’intérêt du long métrage). La deuxième est que cette époque autour de la Première Guerre Mondiale convoque une mémoire qui est la plupart du temps en noir et blanc (images d’archives, films sur cette époque,…) et il y a donc quelque chose de presque « logique » à la voir mise en image ainsi. D’ailleurs, c’est assez « amusant » de voir que Michael Haneke, pour Le Ruban Blanc ou encore Edgar Reitz, pour Heimat (même si c’est dans ce cas-là une période antérieure) avaient fait le même choix, pour montrer l’Allemagne de cette époque. François Ozon maitrise en tout cas bien ce noir et blanc et le travail de Pascal Marti, son directeur de la photographie depuis deux films, est vraiment de qualité. A certains moments, on peut même regretter cette esthétique très léchée qui prend presque un peu le pas sur tout le reste, au risque de faire de ce Frantz pas plus qu’un simple exercice théorique. Mais là où son noir et blanc est intéressant, c’est qu’il vire parfois à la couleur, lors de passages bien ciblés, où on a l’impression que la vie « est de retour ». C’est un procédé simple, évidemment, mais qui donne au long-métrage un charme certain.

 

Dans sa construction également, Frantz a quelque chose de particulier puisque, tout au long d’une première partie assez lente, le long métrage ressemble presque à un thriller psychologique. On sent qu’il y a un secret derrière la présence d’Adrien (Pierre Niney, plutôt pas mal), ce jeune français, dans ce village allemand. D’ailleurs, ce secret est assez ambigu pendant un temps puisqu’on a du mal à deviner ce qui se cache vraiment derrière et Ozon « s’amuse » clairement de cette indécision en ouvrant des pistes ou, en tout cas, en faisant tout pour ne pas les refermer. Une fois que l’on sait, et que, finalement, le drame se noue véritablement, un autre film débute véritablement, bien plus proche du mélodrame, où le mensonge aura encore tout à fait sa place. D’ailleurs, il est intéressant de noter que si toute la première partie se déroule en Allemagne, la seconde, elle, a lieu à Paris puis dans la campagne française, comme pour marquer d’une autre façon cette différenciation. L’émotion se fait alors plus présente et, même si la musique du fidèle Philippe Rombi est parfois un peu pesante, le spectateur va finir par être entrainé dans cette relation où les sentiments sont puissants mais jamais véritablement exprimés. Encore plus que dans la première partie, c’est bien Anna qui va être au cœur du récit. Car si le film a un titre masculin (qui peut également se voir comme un trait d’union entre les deux pays qui viennent de finir la guerre), c’est bien une femme qui est au cœur de l’histoire. Le scénario montre en effet comment elle réagit à la perte de l’être cher, le tout dans un monde dominé par les hommes et un nationalisme rampant, et comment elle va devoir faire face à ses propres sentiments tout en faisant attention à ceux des autres, et notamment ceux de sa « belle-famille ». Dans le rôle d’Anna, la jeune Paula Beer est vraiment excellente et c’est la véritable révélation de ce film, une de plus pour François Ozon, habitué à faire éclore de jeunes actrices appelées à devenir célèbres par la suite. Avec son film qui paraît le moins « complexe » et le plus « classique », Ozon prouve en tout cas une nouvelle fois qu’il est capable de réussir dans tous les genres, ou presque…



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jct 19.09.2016, 17:55

Très belle critique d'un très beau film, en retenue et en délicatesse comme on peut l'imaginer à cette époque... La fin est poignante et réaliste. Et Paula Beer est juste magnifique.


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