La Critique
De Philippe Lioret, j’étais resté à Je vais bien ne t’en fais pas, film qui m’avait à l’époque beaucoup marqué par la justesse de la réalisation et aussi le jeu d’acteurs très sensible. J’avais évité un peu par principe Welcome, du fait de l’aspect beaucoup trop polémique qu’il avait revêtu à sa sortie en 2009. Toutes nos envies offrait donc une bonne occasion de revoir ce que donnait ce réalisateur, adepte de sujets pas toujours évidents. Car autant le dire tout de suite, raconté comme cela, le propos du film paraît un peu simpliste mais il ignore beaucoup de choses traitées dans le film. De fait, Toutes nos envies n’est pas un « film à pitch » comme on dit. Tout est finalement entremêlé et se complète parfaitement, de la première à la dernière scène.
Le scénario aborde plusieurs sujets de front, notamment celui du surendettement, mais toujours sous l’angle humain et jamais uniquement technique. Tous les personnages secondaires ont ainsi une importance dans le récit et rien n’est jamais gratuit. Philippe Lioret a une façon bien particulière de montrer plus qu’il ne dit sur toutes ces questions. Car ce qui est assez impressionnant dans Toutes nos envies, c’est la façon dont presque rien n’est vraiment explicité, mais tout est suggéré ou laissé à l’appréciation du spectateur. Il y a une vraie intelligence dans le scénario mais surtout dans la réalisation à propos de toutes les problématiques soulevées. Mais c’est surtout le cas de ce qui est finalement le cœur du film : le lien entre Claire et Stéphane.
Il est difficile de vraiment définir la relation entre ces deux personnages principaux. C’est bien plus qu’une simple rencontre professionnelle, plus que de l’amitié aussi mais sans doute pas de l’amour à proprement parler. C’est en tout cas très fort de la part de Lioret de filmer de cette façon une sorte d’entre-deux assez complexe. Cela m’a en en ce sens rappelé Dans ses yeux, ce film qui basait une grande partie de sa puissance sur une relation impossible formidablement montrée à l’écran. Il y a tout de même quelques scènes qui sont à la limite de sombrer dans le pathos, notamment toutes celles se déroulant à l’hôpital. Le réalisateur arrive néanmoins toujours à ne pas complètement franchir la dangereuse frontière. La fin, très sobre, vient clore avec élégance un film vraiment marquant.
C’est vraiment le type de long-métrage qui ne peut pas fonctionner sans un jeu d’acteurs parfait et là, Philippe Lioret a vraiment eu le nez creux. D’abord pour les seconds rôles et notamment Amandine Dewasmes qui illumine le film à chacune de ses apparitions dans un rôle finalement assez complexe. Vincent Lindon, lui, est parfaitement taillé pour ce genre de rôles où le non-dit est essentiel et où les sentiments ne s’expriment que dans les petites choses. Enfin, grâce à ce film, on assiste à la renaissance d’une actrice que le cinéma français avait malheureusement un peu perdue de vue : Marie Gillain. Elle est dans ce film vraiment formidable et rend très bien le mélange de force et de faiblesse qui habite son personnage. Une grande performance qui lui vaudra sans doute une nomination aux Césars amplement méritée.